Suite des propos d'Ania Wozniak dans le Livre d'Or

[...] des voix de théâtre qui portent au loin le son, des voix issues de la déclamation, base du chant lyrique trop souvent oubliée aujourd'hui. Par conséquent une exigence toujours plus grande afin de porter la voix haut et loin. Une écoute qui m'a guidée dans ma véritable tessiture et vers le répertoire approprié et qui m'a ainsi ouvert les portes du métier.

 

L'écoute inestimable et la connaissance. Une connaissance aiguë des voix, je le disais, mais aussi du répertoire et des styles. Entendre tout de suite la nature de l'instrument en ne se fiant pas qu'au timbre mais à la largeur, l’épaisseur, la souplesse et d'autres paramètres dont je ne vais pas faire ici l'étalage mais qu'elle maîtrise à merveille.

 

Vient directement le travail purement technique, physique et pointu mais dans une grande simplicité du geste. Le tout dans l'énergie vitale basée sur de solides acquis techniques mais aussi musicaux qui se nourrissent l'un et l'autre.

 

Ma rencontre avec Christine Schweitzer a été déterminante pour ma carrière. Elle a toujours su me guider dans le choix des airs à présenter et me préparer, aussi bien en France qu'à l'étranger, en connaissant parfaitement les attentes du marché dans les différents pays. Élaboration de programmes, précision du style, de la diction, travail des cadences et de l'émission afin d'améliorer sans cesse le répertoire. Une aide indispensable et pour laquelle je lui serai toujours reconnaissante.

 

Je peux évoquer ici des heures de complicité à travailler sur l'appoggio, la position du larynx, l'ouverture de la gorge - ah ! cette fameuse phrase du maestro Gino Bechi entendue des centaines de fois "la laringe in basso e la gola aperta", accompagnée du geste, sans oublier d'ajouter à cela "la punta del nasetto" la petite pointe du nez où conduire toutes les voyelles. Le travail sur "la maschera", la joie de le toucher et d'y entrer par le tout petit espace qu'on apprend à élargir avec patience pour faire sonner toutes les cavités de cette zone. Le bonheur de découvrir le son flûté, filé si précieux dans notre art. Le souffle à la luette, combien de fois répété afin d'obtenir le mouvement tournant du son. Le travail sur le voile du palais, la langue et tant d'autres éléments qui ont nourri mes années d'apprentissage. Cette liste est longue et passionnante. Pour un artiste, rencontrer quelqu'un qui partage avec vous ce savoir toujours dans la complicité et dans l'amour du chant est inestimable.

 

Le savoir, la bienveillance et l'amour de l'art et du beau, bien trop souvent oubliés aujourd'hui, sont là les plus grandes qualités de Christine Schweitzer. Je me permettrai de citer ici le grand maestro Wilhelm Furtwäengler:"Vraiment, si les hommes savaient ce qu'est l'art véritable, ils feraient tous les efforts possibles pour y accéder".Christine Schweitzer a compris cela et nous le transmet...Merci...