Yvonne Pons, mezzo-soprano de l'Opéra de Paris

Yvonne Pons, mezzo-soprano - Portrait

Yvonne Pons est une chanteuse d’opéra et pianiste française. Douée d’une grande voix de mezzo-soprano et d’un art consommé de la déclamation, son timbre, son tempérament et son talent lui ouvriront les portes de l’Opéra de Paris, où elle chantera notamment le rôle d'Amneris dans Aïda.

L'enfance et la formation

Née le 30 juin 1914, à la veille de la première guerre mondiale, elle ne rencontrera vraiment son père qu’à son retour des champs de bataille… La famille se rend à Bucarest quand la petite fille est âgée de cinq ans et elle y recevra une formation de pianiste puis étudiera le chant avec Madame Rose Baumann-Radulescu, soprano lyrique qui fit une grande carrière en Allemagne.

Le début de la seconde guerre mondiale vient interrompre cette formation artistique roumaine. De retour à Paris en mai 1940, Yvonne Pons travaille avec différents professeurs dont Madame Beatrix Dussane, sociétaire de la Comédie Française, pour la déclamation théâtrale et Monsieur [nom à compléter], baryton qui fit une carrière de mélodiste, pour les études vocales. Elle étudie ensuite ses rôles avec Madame Jeanne Jouve, concertiste, puis, au décès de celle-ci, continue à travailler avec un ténor wagnérien de l’Opéra, grand Lohengrin.

Après avoir chanté dans les Chœurs de la Radio puis dans le Chœur de l’Opéra de Paris, Yvonne Pons est sollicitée pour remplacer Madame Hélène Bouvier, souffrante, pour incarner Amneris dans Aida le 6 février 1949 au Palais Garnier.

Yvonne Pons - Photo de scène - Amneris, Opéra de Paris 1949

C’est un succès et la direction lui propose d’intégrer la troupe de solistes de l’Opéra de Paris.

Yvonne Pons en troupe à l'Opéra de Paris

S’ouvre alors une période de sept années où Yvonne Pons va interpréter de nombreux rôles: Giovanna dans Rigoletto (Giuseppe Verdi), Grimgerde dans La Walkyrie (Richard Wagner), un Enfant puis la Troisième Dame dans La Flûte Enchantée (Wolfgang Amadeus Mozart).

Yvonne Pons - Mezzo-soprano - Photo de scène au Palais Garnier

En 1950, elle incarne Brangäne dans Tristan et Isolde (Richard Wagner) et Une Voix dans Dramma per musica, ballet en un acte de Serge Lifar sur l’œuvre de Jean-Sébastien Bach, puis l’Hôtesse dans Boris Godounov (Modeste Moussorgski) en 1951, Une Voix dans la Damnation de Faust (Hector Berlioz), puis Une Femme (Madeleine) dans L’Etranger (Vincent d’Indy).

Suivront le rôle-titre dans Hérodiade (Jules Massenet), une Fille-Fleur dans Parsifal et Erda dans L’Or du Rhin (Richard Wagner)... Elle se produit également en récital de mélodies, notamment dans les œuvres de Claude Debussy.

En 1975, Rolf Liebermann dissout la troupe de l’Opéra de Paris et les artistes sont engagés sur la base de contrats courts dans les théâtres de province : Yvonne Pons s’y prête un certain temps puis s’arrête pour des raisons de vie personnelle, désireuse de rester en famille et de s'occuper de ses proches.

Les succès d'Yvonne Pons dans l'enseignement du chant

Elle commence à enseigner en 1977 à l’occasion des auditions qui auront lieu à la réouverture de l’Opéra et continuera son précieux encadrement des jeunes chanteurs jusqu’au début des années 2000, avant de nous quitter lors de la canicule du mois d’août 2003.

Parmi les artistes qu’elle a formés ou dont elle a accompagné la préparation des rôles, se sont illustrés Alain Fondary (Cavalleria Rusticana et Aida au Metropolitan Opera de New-York, Falstaff à Buenos Aires…), Chantal Bastide (Lakmé au Liceu de Barcelone, Lucia di Lammermoor en Italie, Norma en Allemagne…), Chantal Perraud (Fiakermili dans Arabella au Théâtre du Châtelet, La Fille d’Alloro dans Perelà, l’homme de fumée  de Pascal Dusapin à l’Opéra Bastille…), Jean-Luc Maurette ( Missail dans Boris Godounov et Nathanaël dans Les Contes d’Hoffmann à l’Opéra de Paris…), Jean-Pascal Introvigne (Morales et Zuniga dans Carmen à la Scala de Milan, Sharpless dans Madame Butterfly…), Nadine Chery, contralto qui s’est produite sur de nombreuses scènes internationales, Bertrand Maon (artiste des chœurs et concertiste)…

Parmi mille choses, nous retenons d’elle sa grande voix, ses graves magnifiques même dans ses dernières années, son grand cœur, son verbe haut, son exigence généreuse mais aussi sa capacité à montrer, à expliquer et à obtenir le meilleur de chaque artiste, en s’appuyant sur une connaissance extrêmement précise de la voix et du corps, son émerveillement quand « c’est ça… », c’est à dire quand la voix est bien émise et que le miracle de la musique s’accomplit librement… « An die Musik !... », n’aurait-elle pas manqué de sourire…

Notes recueillies auprès d'Yvonne Pons en Juillet 2003

Photos offertes par Yvonne Pons